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Le labyrinthe de Neptune

Dans l’âme des Hommes et des Femmes, Neptune dort. Son passage est lent, plutôt calme, participe à ce divin mécontentement nourrissant les artistes, plongeant les pensées soit dans un océan de rêveries ou un brouillard sans nom, un malaise, un glissement.

Dans l’âme des Hommes, des Enfants et des Femmes se meuvent des courants marins, des élixirs ou des poisons. Leur destinée, leur voyage, peut alors prendre la route de l’inspiration ou plonger dans des tourbillons d’intoxications. Ainsi, le poète n’est souvent que divagations, un prêtre est davantage un fonctionnaire de la foi qu’un porteur de mission, alors qu’un alcoolique s’endort comme du sédiment au fond de son âme.

Neptune est pluie fine, glissement, flottement. S’il se lève au moment de la naissance, il rend hypersensible l’être qui le subit, s’il est très haut dans le ciel, il souffle de son vent humide les nuages écervelés afin que l’illumination éternelle fertilise les bons gestes du cœur. Mais si, par quelque angle, il interfère, bloque les autres dieux, il peut bercer d’illusions le plus solide des réalistes.

Il est facile de perdre le contrôle à sa vue. Le vin calme le sang, mais peut également le transformer en tempête. Les paroles et les actes deviennent alors un amalgame de maladroites conjectures.

On ne sait quand Neptune se venge ou inspire. Il est océan après tout, horizontal et fort, mais également issu de gouffres et prompt aux vagues déferlantes. Il est porteur de déluge, de perdition. Sur ses eaux, le marin doit rester aux aguets, et sur la terre, les riverains ne doivent pas baisser la garde. Car un jour, Neptune se mettra en colère. Il possède la puissance d’anéantir les nations, d’empoisonner les poissons, de faire fondre les glaciers et d’immerger la folie impétueuse des civilisations.

Par cinq fois, à travers l’histoire tumultueuse de la Vie, les océans se sont renouvelés sur cette planète. Cela reviendra et aucun Dieu ne lèvera le petit doigt. Ni Mars ni Vénus, Jupiter, Saturne, Uranus ou Pluton. Mercure se contentera, comme toujours, d’observer, et la Lune tournera de l’œil ou s’évaporera.

Neptune est romantisme, spiritisme, sentiment d’appartenance en un grand tout. Il dépeint l’âme des gens nés sous le signe des Poissons. Il efface par de grands traits silencieux les certitudes quand il touche les zones célestes héritées à la naissance. J’en suis la démonstration vivante. En ce moment, les frontières se dissolvent dans mon âme. Neptune discute avec Mercure. Il me pousse à la rêverie, confond mes conversations, et m’enivre d’incertitudes. Il fut aussi une période d’empoisonnement soudain sans que je ne le désire. Depuis, j’évite même à ne prendre qu’un verre d’alcool alors que cela ne fut jamais un problème pour moi. Je suis devenu marin et riverain.

Je peux certes y faire face, car j’ai passé l’âge des effronteries et suis de plus en plus fragile. Je préfère redevenir poète, celui qui, à l’adolescence, écrivait de longues lettres adressées à personne. Je peux lui faire confiance. Il est plus fort que moi, rien ne sert de prétendre le contraire.

Avec cette nouvelle intelligence que l’on dit artificielle, mais qui n’est en fait qu’extension de nos propres délires, qui sait dans quelles aventures et connaissances me poussera Neptune?

Les temps sont incertains pour tous. Les statues fondent à vue d’œil d’une pluie acide, amère. Saurons-nous inspirés ou drogués? Ceux et celles qui observent les astres parlent d’une prochaine année des plus illusoires.

Que fera Neptune? Que ferez-vous?